
La Vierge Marie apparut quinze fois à Estelle Faguette, malade, condamnée par les médecins.
Du 14 au 19 février 1876, Marie lui apparaît 5 fois; du 1er au 3 juillet de la même année, 3 fois et entre le 9 septembre et le 8 décembre 1876, encore 7 fois.
De Saint-Memmie à Paris
Près de Châlons en Champagne, dans un petit village nommé Saint-Memmie, vit Monsieur Faguette, aubergiste et homme d’affaires. Sa santé, qui laisse à désirer, et les conseils «imprudents» d’un oncle, le conduisent à la ruine, au moment où Estelle, née le 12 septembre 1843, n’a que 14 ans.
Celle qui deviendra, si jeune, soutien de famille, avait reçu, à 11 ans, le premier signe d’une mission beaucoup plus importante. Le pape Pie IX annonce la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception pour le vendredi 8 décembre 1854. L’Eglise universelle s’apprête à fêter l’événement. A Saint-Memmie, comme dans la plupart des paroisses de la chrétienté, on veut honorer, comme il se doit, la naissance immaculée de la Mère de Dieu. Dans la procession qui fait le tour du village, la bannière de l’Immaculée est portée par une petite fille de 11 ans, Estelle Faguette. L’enfant, qui porte solennellement le message dans les rues du village, est celle qui, 22 ans plus tard, recevra la redoutable mission de «publier la gloire de Marie» dans le monde entier. Les plans de Dieu sont mystérieux et nos yeux de chair distinguent bien mal comment ils se réalisent autour de nous, et souvent par nous, dans les actions les plus simples.
L’aubergiste de Saint-Memmie doit s’exiler. Il s’installe dans le quartier du «Gros-Caillou» à Paris. Estelle a 14 ans; elle doit travailler pour aider son père, de santé délicate. On la retrouve dans une blanchisserie, gagnant un salaire de famine. Elle est assez adulte pour travailler, et assez jeune pour fréquenter le «patronage» des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Sa piété mariale se développe en même temps que grandit sa charité pour les pauvres qu’elle aime visiter.
De la vie religieuse à la vie en château
La situation familiale lui permet, à 17 ans, de réaliser un désir secret. Depuis son enfance, elle préfère aider les pauvres plutôt que de s’amuser comme les enfants de son âge. Elle croit qu’une vie consacrée à l’intérieur d’une communauté hospitalière lui permettrait d’être plus efficace auprès des malades. Elle choisit les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Paris où elle entre le 15 septembre 1860. Elle y vivra trois années de formation et de prière.
En 1863, son état de santé l’oblige à quitter la communauté. Elle comprend alors que son devoir est auprès de ses parents dans le besoin. Estelle Faguette entre, à l’âge de 21 ans, au service de la famille de La Rochefoucauld, rue Saint-Dominique à Paris. Elle restera Estelle: simple et humble, au service du prochain. La comtesse de La Rochefoucauld prend rapidement conscience qu’elle a, dans cette nouvelle employée, une personne de confiance. C’est donc en toute sécurité qu’elle confie la garde de ses enfants à Estelle tant à Paris en hiver qu’en été au Château de Poiriers-Montbel, à trente kilomètres au nord-ouest de Châteauroux et trois kilomètres de Pellevoisin.
Estelle est plus qu’une servante; elle est une présence dans toute la profondeur du terme. Une présence pour les enfants de la comtesse en tout premier lieu. Mais une présence aussi pour le personnel de la maison. Les joies, les peines et les souffrances des autres ne la laissent pas indifférente. Elle se fait toute à tous, à tout moment du jour et de la nuit. Une telle bonté ne peut manquer de conquérir les cœurs, mais aussi de provoquer la jalousie de quelques-uns.
Les parents d’Estelle viennent s’installer à Pellevoisin en 1866. Ils seront plus près de leur fille qui accompagne toujours la famille de La Rochefoucauld à Poiriers-Montbel pendant la belle saison; il en coûtera moins cher de vivre à Pellevoisin que dans le grand Paris.
Courrier recommandé
Les bons soins prodigués par la comtesse de La Rochefoucauld et la force de volonté d’Estelle triomphent temporairement de sa fragile santé. Pendant onze ans, son dévouement ne se dément pas. Mais voici que le 29 août 1875, le docteur Bucquoy confirme qu’Estelle est gravement atteinte: elle souffre de «phtisie pulmonaire, d’une péritonite aiguë et d’une tumeur abdominale». Les atteintes aux poumons ont tellement progressé qu’elle est maintenant contagieuse. Son état est si grave qu’il n’est plus question pour elle de continuer à travailler. Estelle a 32 ans et n’entend pas capituler si facilement. Elle décide de prendre les grands moyens. En septembre 1875, elle écrit directement à la Sainte Vierge et confie sa lettre à Mademoiselle Reiter qui va la déposer entre les pierres de la grotte dédiée à Notre-Dame de Lourdes, dans le parc du château. La réponse à ce «courrier recommandé» parviendra à Pellevoisin six mois plus tard, dans la nuit du 14 au 15 février 1876.
Voici le texte intégral de sa lettre:
«Ô! Ma bonne Mère, me voici de nouveau prosternée à vos pieds. Vous ne pouvez pas refuser de m’entendre. Vous n’avez pas oublié que je suis votre fille et que je vous aime. Accordez-moi donc de votre divin Fils la santé de mon pauvre corps pour Sa gloire. Regardez donc la douleur de mes parents; vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’œuvre que j’ai commencée? Si vous ne pouvez, à cause de mes péchés, m’obtenir une entière guérison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle de mes parents. Vous voyez, ma bonne Mère, ils sont à la veille de mendier leur pain; je ne puis penser à cela sans être profondément affligée. Rappelez-vous donc les souffrances que vous avez endurées, la nuit de la naissance du Sauveur, lorsque vous fûtes obligée d’aller de porte en porte demander asile! Rappelez-vous aussi ce que vous avez souffert quand Jésus fut étendu sur la Croix. J’ai confiance en vous, ma bonne Mère; si vous voulez, votre Fils peut me guérir. Il sait que j’ai désiré vivement être du nombre de ses épouses, et que c’est en vue de lui être agréable que j’ai sacrifié mon existence pour ma famille qui a tant besoin de moi.
Daignez écouter mes supplications, ma bonne Mère, et les redire à votre divin Fils. Qu’Il me rende la santé si tel est son bon plaisir, mais que sa volonté soit faite et non la mienne. Qu’Il m’accorde au moins la résignation entière à ses desseins et que cela serve pour mon salut et celui de mes parents. Vous possédez mon cœur, Vierge Sainte, gardez-le toujours et qu’il soit le gage de mon amour et de ma reconnaissance pour vos maternelles bontés. Je vous promets, ma bonne Mère, si vous m’accordez les grâces que je vous demande, de faire tout ce qui dépendra de moi pour votre gloire et celle de votre divin Fils. Prenez sous votre protection ma chère petite-nièce, et mettez-la à l’abri des mauvais exemples. Faites, ô Vierge Sainte, que je vous imite dans votre obéissance et qu’un jour je possède avec vous Jésus dans l’éternité.»
A la fin de cette lettre, Estelle place sous la protection de Marie sa petite-nièce, car il faut savoir qu’Estelle avait deux sœurs; une plus âgée qu’elle de 3 ans, Geneviève, et l’autre plus jeune qu’elle, Augustine. Geneviève Faguette Petitot décède le 24 novembre 1864 à l’âge de 24 ans, laissant deux enfants: Eugène qui meurt le 20 février 1865, à l’âge de 13 mois et Estelle Petitot, petite fille âgée de 5 ans à la mort de sa mère. C’est à ce moment qu’Estelle Faguette prend en charge sa nièce qui demeure chez ses parents. A Pellevoisin, avec son salaire, Estelle fait vivre son père, sa mère et sa nièce «la petite Estelle».
Au moment des apparitions, «Estelle Petitot» a 17 ans et Estelle Faguette l’a mise en apprentissage à Paris pour 18 mois. Après cet apprentissage, la petite Estelle revient à Pellevoisin chez ses parents et y restera jusqu’à l’âge de 22 ans, quand elle quitte la maison pour ne jamais y revenir. Le foyer Petitot malheureux et désuni fut pour Estelle Faguette cause de beaucoup d’inquiétude et de déception. Elle qui s’était donné tant de mal pour sa chère petite-nièce.
Estelle malade
Lorsque la maladie d’Estelle s’aggrave, à l’automne 1875, la comtesse retarde son retour en ville. En février 1876, des affaires importantes l’attendent à Paris; elle ne peut plus retarder! Elle aménage une maison tout près de l’église et du cimetière de Pellevoisin où elle installe confortablement Estelle.
Les parents Faguette, qui demeurent à Pellevoisin depuis dix ans, viennent habiter avec leur fille; ils pourront ainsi lui prodiguer plus facilement les soins dont elle a besoin. Sa condition physique est si désespérée que le comte et la comtesse achètent, avant leur départ pour Paris, un lot au cimetière de Pellevoisin, pour la sépulture de leur «bonne» si appréciée. Estelle est maintenant incapable d’ingurgiter le moindre liquide. L’employé qui la transporte du château à sa nouvelle demeure, voisine du cimetière, la voyant dans un si piteux état, s’écrie: «Nous la rapprochons de sa dernière demeure».
Des mois, Estelle lutte contre une maladie incurable, entourée d’affection et de bons soins. Elle est reconnaissante envers la comtesse «à qui je dois un peu de ma résignation». Elle qui disait souvent: «Ma pauvre Estelle, pour souffrir comme cela si longtemps, il vaudrait mieux que le bon Dieu vous prenne, car tout porte à croire que vous ne vous remettrez jamais.» Ce qui lui donne la sérénité complète, c’est le sacrement de l’Extrême-Onction: «Ce jour-là je devins plus calme et dis souvent: Mon Dieu, vous savez mieux que moi ce qu’il me faut, faites ce qu’il vous plaira, seulement faites-moi faire mon sacrifice généreusement.» Le 14 février 1876, le docteur Hubert confirme toutes les apparences. «Elle n’a plus que pour quelques heures de vie.» Estelle a au moins la consolation de voir ses parents installés dans la même maison qu’elle, pour ses derniers moments.
Les premières apparitions
Le soir Estelle est épuisée. Vers minuit, un sinistre personnage «cherchant dans la nuit son butin» se présente au pied du lit de la mourante; il veut profiter de son extrême fatigue. Estelle raconte: «Tout à coup, le diable apparut au pied de mon lit. Oh! que j’avais peur. Il était horrible, il me faisait des grimaces quand la Vierge apparut de l’autre côté de mon lit. Marie porte sur la tête un châle de laine bien blanc. Elle dit au diable: “Que fais-tu là? Ne vois–tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils» (le scapulaire). Et à Estelle: «Ne crains pas, tu sais bien que tu es ma fille!» La paix est revenue dans le cœur de la malade.
Pendant cinq jours consécutifs, la Vierge Marie vient visiter Estelle.
Dame Marie se présente cinq fois, juste avant minuit, les 14-15-16-17-18 février 1876. La présence du diable qui avait été importante le 14, se fait plus discrète les jours suivants, de sorte que le 18, il est complètement absent.
A l’inverse, pendant ce temps, la Vierge se fait de plus en plus maternelle: «Elle s’approcha au milieu de mes rideaux» (5e apparition).
Lors de la 1re apparition du 14 février 1876, Marie annonce trois faits importants:
«Courage, prends patience, mon Fils va se laisser toucher.»
«Tu souffriras encore cinq jours, en l’honneur des cinq plaies de mon Fils.»
«Samedi tu seras morte ou guérie. Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire.»
Parallèlement à ces deux présences, Estelle passe d’une claire vision de ses fautes: «je suis encore toute confuse des fautes que j’ai commises dans le passé, et qui à mes yeux étaient des fautes légères (apparition du 15 février 1876), à un état de bien-être à cause de ce qu’elle avait fait de bien. Estelle est stupéfaite de voir que le peu de bien que l’on fait, compense l’ingratitude de nos fautes, à cause de la bonté de Dieu et de sa Mère miséricordieuse.
Tu publieras ma gloire
Dès le mardi 15 février 1876, Estelle apprend qu’elle sera guérie. Le mystère qui entoure le déroulement de la vie dans le Royaume des cieux, nous fait imaginer le plus grand «rituel» où les composantes humaines sont complètement absentes.
Le texte d’Estelle rapportant la troisième apparition, le soir du 16 février 1876, nous fait découvrir tout le contraire: «Ces quelques bonnes actions et quelques prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de Mère; entre autres cette petite lettre que tu m’as écrite, au mois de septembre. Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette phrase: voyez la douleur de mes parents, si je venais à leur manquer; ils sont à la veille de mendier leur pain. Rappelez-vous donc ce que vous avez souffert quand Jésus votre Fils fut étendu sur la croix. J’ai montré cette lettre à mon Fils.»
Dès la première apparition, le 14 février 1876, Estelle s’entend dire: «Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire.» La pauvre fille ne comprend pas. Elle réagit comme nous le faisons si souvent: «Je ne suis pas capable! Une autre, pas moi!» Elle écrit dans ses mémoires: «J’étais si surprise alors que je répondis vivement: «Mais comment faire? Moi, je ne suis pas grand-chose, je ne sais pas ce que je pourrais faire.»
A la quatrième apparition, le 17 février 1876, Marie dit de nouveau à Estelle: «Tu publieras ma gloire.» (Estelle commente: «Je n’ai pas eu le temps de répondre»); Marie reprit en partant: «Fais tous tes efforts.»
A la cinquième apparition, le 18 février 1876, Notre-Dame ajouta: «Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles. On peut se sauver dans toutes les conditions; où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire. Ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect qu’on a pour mon Fils dans la sainte Communion, et l’attitude de prière que l’on prend, quand l’esprit est occupé à d’autres choses; je dis ceci pour les personnes qui prétendent être pieuses.»
Ici la Vierge donne une leçon significative de soumission à l’Eglise: «Oui, oui, publie ma gloire; mais avant d’en parler, tu attendras l’avis de ton confesseur et directeur; tu auras des embûches, on te traitera de visionnaire, d’exaltée, de folle; ne fais pas attention à tout ceci; sois fidèle, je t’aiderai.»
Au cours de l’année 1876, Estelle Faguette va encore recevoir dix fois la visite de la Vierge Marie.
Mon Fils te rend la vie
Estelle a tellement souffert et elle est si prête à mourir qu’à l’annonce de sa guérison, le 15 février 1876, elle est toute déçue: «Mais ma bonne Mère, si j’avais le choix, j’aimerais mourir pendant que je suis bien préparée.» «Ingrate, répondit Marie, si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin. Si mon Fils s’est laissé toucher, c’est par ta grande résignation et ta patience. N’en perds pas le fruit par ton choix.»
A la fin de l’apparition du 18 février 1876: «Je souffrais horriblement; mon cœur battait si fort que je croyais qu’il voulait sortir de ma poitrine. Mon estomac et mon ventre me faisaient aussi beaucoup souffrir; il m’était impossible de soulever la main droite. Après un moment de repos, je me sentais bien. J’ai demandé l’heure, il était minuit et demi. Je me sentis guérie, excepté mon bras droit.» Le tout se termine en Eglise, au moment de la communion apportée par le curé de Pellevoisin, vers 7 heures 45, samedi le 19 février, Estelle est entièrement guérie.
A Pellevoisin les «grâces sensibles» se multiplient d’une façon très surprenante ainsi que les signes tel le plancher qui «courbe» sous le «poids» de Marie.
Ce même 1er juillet 1876, une pluie semble tomber des mains de la Vierge qui se présente les bras ouverts. Sans qu’une parole ne soit prononcée, il est facile de comprendre que les grâces coulent de ses mains comme «torrents d’eau vive au désert»; vision complémentaire de la rue du Bac à Paris en 1830. A la onzième apparition, la Vierge ne dit-elle pas: «Les trésors de mon Fils sont ouverts» (15 septembre 1876).
Tu n’es pas assez calme
La Vierge semble bien au courant de la facilité avec laquelle nous prenons panique. Souvent nous sommes inquiets sans raison, parfois nous avons raison de nous inquiéter; aussi Marie vient nous parler du calme. Une première demande à la sixième apparition (1er juillet 1876): «Du calme, mon enfant, patience, tu auras des peines mais je suis là.» A la septième apparition: «Ne crains rien, sois calme» (2 juillet 1876). A la huitième apparition, il y a insistance: «Je voudrais que tu sois encore plus calme» (3 juillet 1876). Puis Marie prend les grands moyens: «Tu t’es privée de ma visite le 15 août; tu n’avais pas assez de calme» (9 septembre 1876). Ce jour-là, elle souligne un trait de caractère du Français: «Tu as bien le caractère du Français; il veut tout savoir avant d’apprendre et tout comprendre avant de savoir.»
Ce qui avait été une remarque personnelle à Estelle, puis globale à tous les Français, est transposé à l’Eglise tout entière: «Je tiendrai compte des efforts que tu as faits pour avoir le calme; ce n’est pas seulement pour toi que je le demande, mais aussi pour l’Eglise et pour la France; dans l’Eglise, il n’y a pas ce calme que je désire» (15 septembre 1876).
Le scapulaire du Sacré-Cœur
La Vierge Marie, à l’exemple de son Fils, laisse souvent sur son passage un signe de sa visite en ce monde.
A la neuvième apparition de Pellevoisin (9 septembre 1876) Marie soulève la pièce de laine qu’elle porte sur sa poitrine: «J’avais toujours vu cette petite pièce, sans savoir ce que c’était, car jusqu’alors je l’avais vue toute blanche. En soulevant cette petite pièce, j’aperçus un cœur rouge qui ressortait très bien. J’ai pensé tout de suite que c’était un scapulaire du Sacré-Cœur. Elle dit en le soulevant: “J’aime cette dévotion”.»
A la douzième apparition, le 1er novembre 1876, la Vierge portait encore le scapulaire. Le jour de l’Immaculée Conception, 8 décembre 1876, Estelle s’entend dire:
«Tu iras toi-même trouver le Prélat, et tu lui présenteras le modèle que tu as fait. Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir et que rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de ses enfants; ils s’appliqueront à réparer les outrages que mon Fils reçoit dans le sacrement de son amour. Vois les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance et qui t’aideront à le propager.» En disant ceci, la Vierge Marie étendit ses mains. Il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ses gouttes, il me semblait voir les grâces écrites telles que: piété, salut, confiance, conversion, santé.
Effectivement l’archevêque de Bourges, Mgr de la Tour d’Auvergne, reconnut le scapulaire le 12 décembre 1876. Par la suite Léon XllI fit de même.
Estelle est reçue en audience par Léon XIII le 30 janvier 1900. Ce pape qui, entre le 1er septembre 1883 et le 8 septembre 1901, a publié 15 encycliques sur le Rosaire, est bien informé sur les événements de Pellevoisin. Il en profite pour demander des précisions sur les allusions de Marie concernant l’Eglise et la France.
Le 4 avril 1900, trois mois après l’audience d’Estelle, la Congrégation des rites, à la demande du pape, autorise officiellement pour l’Eglise entière, le scapulaire du Sacré-Cœur, tel que la Vierge le portait à Pellevoisin2; Benoît XV ajoute: «Je crois que les origines sont bonnes et l’on peut dire que Pellevoisin est un lieu spécialement choisi par la Sainte Vierge pour y répandre ses grâces» (17 octobre 1915).
La fête de Lourdes se termine à Pellevoisin
Marie fait participer Estelle à la vie céleste d’une manière très humaine. Souvenons-nous de ce passage où la Vierge affirme: «J’ai montré cette lettre à mon Fils» (16 février 1876).
Ainsi, le 3 juillet 1876, à la fin de la journée, Estelle voit à nouveau la Sainte Vierge. Cette dernière arrive très tard et ne «reste que quelques minutes»: «je ne t’ai pas fixé l’heure à laquelle je devais revenir, ni le jour, je ne resterai que quelques minutes». Ce soir-là, Notre-Dame a «l’humaine attitude» de quelqu’un qui veut absolument saluer son amie avant que le jour finisse, et lui dire le bonheur qu’elle a connu dans la journée. Marie semble arriver d’une réception importante et veut partager sa joie avec Estelle: «Je suis venue terminer la fête.»
«Je ne savais pas quelle fête c’était. Je le demandai le lendemain à Monsieur le curé qui me répondit que c’était à Lourdes, le couronnement de Notre-Dame de Lourdes.» C’est vraiment fête à Lourdes le 3 juillet 1876. Le cardinal Guilbert, archevêque de Paris, couronne la statue de Notre-Dame de Lourdes, en présence de 36 archevêques et évêques.
Une visite à Pellevoisin, après une telle fête à Lourdes, montre non seulement une belle délicatesse envers Estelle Faguette, mais aussi le lien de parenté qui existe entre Lourdes et Pellevoisin. Nous n’avons donc pas à diminuer l’un à l’avantage de l’autre. Marie ne compte pas le nombre de pèlerins pour fixer l’importance du sanctuaire. Elle présente différemment son message pour s’adapter aux différences psychologiques qui existent parmi les humains.
UN EX VOTO
Dès la première apparition, le 14 février 1876, la Vierge signale qu’il faudra garder le souvenir de ces apparitions. En voyant la plaque de marbre blanc déposée devant elle, Estelle Faguette l’identifie comme étant un ex-voto, c’est-à-dire un témoignage de reconnaissance pour faveur obtenue.
La première préoccupation d’Estelle, est de savoir où on placera cet ex-voto. «Mais, ma bonne Mère, où faudra-t-il le faire poser? Est-ce à Notre-Dame des Victoires à Paris, ou à Pellevoisin?»
Elle ne me donna pas le temps d’achever le mot Pellevoisin, qu’Elle me répondit: «A Notre-Dame des Victoires, ils ont bien assez de marques de ma puissance, au lieu qu’à Pellevoisin, il n’y a rien. Ils ont besoin de stimulant.»
A la cinquième apparition, il n’y a plus de question à se poser. Non seulement on sait que la plaque sera posée à Pellevoisin, mais tous les détails sont fournis très précisément. «Je voyais ma plaque, mais cette fois, elle n’était plus toute blanche. II y avait aux quatre coins, des boutons de rose d’or; dans le haut, il y avait un cœur d’or enflammé avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive.»
Voici ce qu’il y avait d’écrit:
«J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière.»
Malgré tes ingratitudes!
Ce qui est le plus mystérieux, c’est de voir que la Vierge ne se préoccupe pas de la «bonté» de ceux qu’elle choisit. Ce qui l’intéresse c’est de rendre bons ceux qui entendent le message.
Ceux qui sont favorisés d’une apparition sont les premiers à être conscients de ce choix déroutant. «Je suis bien indigne de ses grâces, car après toutes mes ingratitudes, elle devrait plutôt m’abandonner que de me favoriser.» (Commentaires d’Estelle après la première apparition le 14 février 1876). Le lendemain elle ajoute: «Je suis encore toute confuse des fautes que j’ai commises dans le passé et qui, à mes yeux, étaient des fautes légères. La Vierge me fit de graves reproches que j’avais bien mérités.»
Nous ne sommes pas très familiers avec la pédagogie céleste. Ecoutons les commentaires d’Estelle en date du 16 février 1876: «Elle me fit de nouveaux reproches, mais avec tant de douceur que je me suis rassurée. Elle me dit: “Tout ceci est passé, tu as, par ta résignation, racheté ces fautes. Ces quelques bonnes actions et quelques prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de Mère”». Et le 18 février 1876, Marie formule une règle de vie: «Si tu veux me servir, sois simple; et que tes actions répondent à tes paroles.» Cette recommandation fait écho à la pensée de saint Paul: «Laissez-vous attirer par ce qui est simple» (Rm 12,16).
Cette puissance de Marie vient de son Fils qui tient toujours la première place. Elle nous confie elle-même qu’elle n’est que l’intermédiaire de la bonté de Dieu: «Le cœur de mon fils a tant d’amour pour le mien qu’il ne peut refuser mes demandes» (2 juillet 1876). «Ces grâces sont de mon Fils, je les prends dans son cœur, Il ne peut me refuser» (8 décembre 1876).
L’humble Estelle Faguette est décédée à l’âge de 86 ans, elle repose dans le cimetière de Pellevoisin, non loin de la tombe du grand romancier Georges Bernanos.
Sur sa tombe, deux mots: «Sois simple».
Marie à Estelle: C’est ici que je serai honorée
Dès 1877, la chambre où elle fut guérie fut transformée en chapelle et les pèlerinages furent autorisés. Depuis les pèlerins viennent du monde entier y prier Notre-Dame de Miséricorde.
La guérison d’Estelle Faguette a été officiellement déclarée miraculeuse en 1983, par Mgr Paul Vignancour, archevêque de Bourges.
Aujourd’hui, le Sanctuaire de Pellevoisin a été confié aux Frères et Sœurs de la communauté Saint-Jean qui en assure l’animation.
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